Les nouvelles forces politiques en voie d’émergence au Japon

Hashimoto Tôru, un monstre médiatique

Politique

Iwaisako Hiroshi [Profil]

Une bonne part de l’attention politique des Japonais s’est focalisée sur Hashimoto Tôru, le maire d’Osaka. Faut-il le considérer un réformateur ou comme un provocateur ? Un journaliste qui l’a suivi de près nous offre ici un regard éclairé sur ce personnage charismatique.

Des économies réalisées au nom de la volonté du peuple

Le style de M. Hashimoto, qui consiste essentiellement à envoyer et recevoir des messages par le biais des médias, le conduit naturellement à adopter des modes de comportement fondés sur les désirs du public et conçus pour obtenir le soutien de celui-ci. Ainsi, lorsque, à peine élu gouverneur d’Osaka, il met de côté ses engagements électoraux pour se focaliser sur les baisses de coûts, c’est parce qu’il estime que cette décision est conforme à la volonté populaire.

Outre la réduction des salaires des employés de la préfecture mentionnée plus haut, le programme triennal de redressement budgétaire adopté par le nouveau gouverneur au début de l’exercice 2008 prévoyait une réduction des dépenses de travaux publics, une baisse de 10 à 25 % des subventions accordées aux écoles privées et la fermeture ou la privatisation de 9 des 28 centres culturels, sportifs ou autres destinés principalement aux habitants de la préfectures. Les victimes directes de ces réductions budgétaires ont protesté vigoureusement, mais, comme cela avait été le cas avec les syndicats, les confrontations, diffusées dans le public, entre M. Hashimoto et ses adversaires ont presque toujours tourné à l’avantage du gouverneur, qui a su mettre à contribution tant son expérience du débat liée à son passé d’avocat que la « volonté du peuple » filtrée par les médias.

Confronté à la forte opposition suscitée par son projet de réduire de 400 millions de yens l’enveloppe accordée à l’orchestre symphonique préfectoral, M. Hashimoto a rétorqué sans plus de façons que « les fonctionnaires et les hommes d’affaires se donnent des airs cultivés en parlant de l’orchestre, mais la culture du comique [le manzai et le rakugo] est mieux enracinée à Osaka ». M. Hashimoto se proclame lui-même « inculte » et son parti pris d’efficacité l’amène parfois à faire des réflexions sur la tradition ou la culture qui confirment son ignorance en ce domaine. Cet aspect de sa personnalité est véritablement problématique. Mais il n’en pose pas moins une question fondamentale lorsqu’il demande : « Jusqu’où allons nous protéger la culture avec l’argent public et quel genre de culture sommes-nous censés protéger ? » Finalement, il a été décidé que l’orchestre deviendrait financièrement autonome et se passerait de subvention de la préfecture. M. Hashimoto est arrivé à ses fins en insistant sur les réductions des coûts et, tout au long de son mandat de gouverneur, sa cote de popularité s’est maintenue à 70-80 %.

De l’avantage d’être la première source d’information du département

M. Hashimoto a également entrepris de réduire les coûts de l’assemblée préfectorale. En prévision des élections locales du printemps 2011, l’Association pour la restauration d’Osaka a réussi à faire passer une baisse de 30 % des indemnités perçues par les membres de l’assemblée, ce qui les a ramenées au niveau le plus bas enregistré dans la totalité des préfectures du pays. Et pendant la campagne électorale, le parti s’est engagé à opérer une coupe de 20 % dans les effectifs des membres de l’assemblée. À l’issue du scrutin, qu’il a remporté haut la main, le parti est immédiatement passé à l’acte. Malgré les nombreuses voix qui se sont élevées pour regretter que cette mesure n’ait pas été suffisamment débattue avant d’être appliquée, la résolution qui a présidé à sa mise en œuvre, décidée par des membres de l’assemblée qui n’ignoraient pas qu’elle allait coûter leur siège à quelques uns d’entre eux, a été un facteur déterminant dans le succès remporté par M. Hashimoto lors du double scrutin qui s’est tenu un peu plus tard dans la même année. L’attitude adoptée en l’occurrence par l’Association pour la restauration d’Osaka se situe à l’opposé des comportements affichés au niveau national par les partis politiques, qui parlent abondamment de réduire les rémunérations des parlementaires mais se gardent bien de passer à l’acte. La fidélité à la parole donnée constitue en fait l’une des raisons de la popularité du mouvement de M. Hashimoto au niveau national. 

Hashimoto Tôru en compagnie du gouverneur de Tokyo (à l’époque), Ishihara Shintarô, lors d’une conférence de presse donnée après la cérémonie d’inauguration de l’Ishin Seiji Juku (Académie de politique pour la restauration) qui s’est tenue en juin 2012 (photo : Jiji)

Il convient toutefois de faire montre d’une extrême prudence lorsqu’il s’agit d’évaluer le programme de réforme de M. Hashimoto. Il faut savoir, par exemple, que, s’il a réalisé 300 milliards de yens d’économies sur le budget de la préfecture pendant ses trois premières années au poste de gouverneur, la dette de la préfecture, qui s’élevait à 5 828,8 milliards de yens avant son entrée en fonction, a atteint 6 073,9 milliards pour l’exercice 2010. La chute, due à la crise économique, des sommes collectées au titre de l’impôt sur les sociétés a annulé les gains liés à la réduction des coûts, alors même que la préfecture se débattait sous le lourd fardeau de l’endettement généré par le recours excessif aux émissions d’emprunts publics pour financer dans le passé les grands projets de travaux publics.

En tant que journaliste, je me dois de reconnaître que les médias japonais ont tendance à mettre en vedette le spectacle des confrontations qui se déroulent devant leurs yeux et les messages qui en émanent, mais qu’ils se dispensent en général de vérifier soigneusement les informations divulguées. À Osaka, où l’éventail des sources d’informations est beaucoup plus réduit qu’à Tokyo, M. Hashimoto, avec son modèle présidentiel de processus décisionnel fonctionnant de haut en bas, constitue la source privilégiée du discours médiatique, et l’actualité se focalise fréquemment sur ses déclarations du jour ou ses projets du lendemain. La puissance de M. Hashimoto se nourrit à l’évidence de cette culture médiatique.

Suite > Des réformes basées sur le culte de la compétition

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Iwaisako HiroshiArticles de l'auteur

Journaliste au quotidien Yomiuri Shimbun. Né en 1971. A rejoint le groupe Yomiuri après avoir reçu son diplôme de l’Université de Kyoto. Se consacre depuis 2002 aux informations sur la ville d’Osaka, et plus particulièrement dans les domaines politique et administratif. A commencé à suivre Hashimoto Tôru juste avant l’élection de 2007 du gouverneur d’Osaka.

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