Les grandes figures historiques du Japon

Minakata Kumagusu : l’esprit universel de l’époque Meiji

Culture Science

Nakazawa Shin’ichi [Profil]

Scientifique, folkloriste, environnementaliste, philosophe... Minakata Kumagusu était un homme universel, dont l’esprit brillant et pénétrant ne connaissait pas de frontières. Le grand anthropologue Nakazawa Shin’ichi nous fait partager sa vision de ce personnage qui remit en cause toutes les hypothèses sur lesquelles reposaient la société japonaise et la science occidentale.

Une renommée internationale

À l’âge de 19 ans, après avoir échoué à un examen trimestriel à Daigaku Yobimon (l’actuel 1er cycle universitaire) de l’Université de Tokyo, le jeune Kumagusu décida de partir à l’étranger et de poursuivre ses rêves aux États-Unis. Pour commencer, il entra à l’École publique d’agriculture du Michigan, qu’il quitta bientôt pour se consacrer à la collecte de spécimens biologiques. Il se dirigea vers le sud, explorant la Floride, puis Cuba, où il découvrit une nouvelle espèce de lichen.

En septembre 1892, il quitta les États-Unis pour se rendre à Londres. Dès l’année suivante, la prestigieuse revue scientifique Nature publiait un de ses articles, « Constellations de l’Extrême-Orient », qui reçut un bon accueil. Il devint un visiteur assidu du British Museum, où il s’adonnait voracement à la lecture de documents portant sur un vaste éventail de sujets, allant de l’archéologie à l’anthropologie en passant par la religion. Il noua également des liens d’amitié avec nombre de lettrés célèbres, dont l’orientaliste Frederick Dickins, et travailla à l’établissement d’un catalogue des ouvrages et manuscrits orientaux appartenant à la collection du musée.

Pendant les années suivantes, les articles originaux et suscitant la réflexion qu’il continua de publier dans Nature et d’autres revues lui valurent la reconnaissance de l’intelligentsia britannique. Mais son comportement fut jugé de plus en plus suspect suite à l’incident de 1898 au musée, au cours duquel il frappa un Anglais qui avait proféré des insultes racistes contre les Japonais. En 1899, il fut chassé du musée. L’année suivante, il revint au Japon après 14 ans d’absence. Mais entre-temps, son père et sa mère étaient décédés.

Les années londoniennes de Minakata sont représentées par un échantillonnage de ses Extraits londoniens en 52 volumes (à gauche), et des numéros de Notes and Queries et de Nature, deux revues dans lesquelles Minakata a publié divers essais et études rédigés en anglais.

À l’époque, toute personne qui partait des années étudier à l’étranger était censée revenir munie d’un diplôme d’une université occidentale. Minakata, qui, au bout de 14 années consacrées à la poursuite de sa formation en Amérique et en Angleterre par pur amour de l’étude, était revenu au Japon dépourvu de titre honorifique de ce genre, reçut alors un accueil frileux. N’étant pas homme à se laisser rebuter par la désapprobation de la société, il retourna dans sa région de Wakayama et consacra ses journées à la collecte de spécimens botaniques au plus profond des luxuriantes forêts de la montagne.

Minakata (à droite) s’apprêtant à partir collecter des spécimens.

Suite > Des découvertes biologiques et spirituelles dans les montagnes de Kumano

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Nakazawa Shin’ichiArticles de l'auteur

Né en 1950. Anthropologue, philosophe, spécialiste des religions, il est aussi directeur de l’Institut pour la Science Sauvage de l’Université Meiji. Après avoir étudié le bouddhisme au Tibet, il est retourné au Japon pour y développer son propre champ de recherche interdisciplinaire, l’« archéologie de l’esprit humain ». Lauréat du Prix Minakata Kumagusu 2016 pour les sciences humaines. Auteur de nombreux ouvrages, dont Geijutsu jinruigaku (Anthropologie de l’art) et Kumagusu no hoshi no jikan (Le moment resplendissant de Kumagusu). 

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