Les grandes figures historiques du Japon

Minakata Kumagusu : l’esprit universel de l’époque Meiji

Culture Science

Nakazawa Shin’ichi [Profil]

Scientifique, folkloriste, environnementaliste, philosophe... Minakata Kumagusu était un homme universel, dont l’esprit brillant et pénétrant ne connaissait pas de frontières. Le grand anthropologue Nakazawa Shin’ichi nous fait partager sa vision de ce personnage qui remit en cause toutes les hypothèses sur lesquelles reposaient la société japonaise et la science occidentale.

Les racines spirituelles de Minakata

Minakata Kumagusu est né dans la préfecture de Wakayama, ou province de Kii selon son appellation traditionnelle, ou encore Kishû. Cette région, soumise à l’influence des courants chauds du Pacifique qui baignent la péninsule de Kii, est constituée d’un enchevêtrement de terrains montagneux tapissés d’une luxuriante végétation subtropicale. Depuis les temps anciens, ces profondes forêts de montagne ont la réputation de servir de refuge aux esprits ancestraux. La région est célèbre pour ses nombreux sites sacrés et lieux de culte, notamment ses petits et grands sanctuaires dédiés au culte de Kumano. La population locale, profondément religieuse, vénérait les anciens dieux de la forêt.

Minakata a esquissé de méticuleux croquis, délicatement colorés, des nombreux spécimens de champignons qu’il a collectés et étudiés.

Le père de Minakata exerçait la profession de quincaillier dans la ville de Wakayama. Quand un fils voyait le jour dans la maison Minakata, on l’emmenait au sanctuaire Fujishiro de la ville voisine de Kainan pour y recevoir son nom de la bouche du prêtre en charge du sanctuaire. Sur le terrain d’une des annexes du Fujishiro, dédiée au culte du dieu de Kumano, poussait un kusu, ou camphrier sacré. En choisissant le nom Kumagusu, le prêtre a en quelque sorte invoqué le pouvoir du dieu de Kumano pour venir en aide à l’enfant encore fragile, car il a utilisé pour son nom l’idéogramme 熊, qui désigne kuma (l’ours), et l’a associé à l’idéogramme 楠, qui désigne kusu (le camphrier).

Dans son enfance, Kumagusu attachait une profonde connotation mythique au nom qui lui avait été attribué. Ce nom lui parlait des liens secrets que les plantes et les animaux entretenaient avec lui. Il semblait comprendre intuitivement que les êtres humains et les autres formes de vie sont intrinsèquement identiques et, au niveau le plus profond, inextricablement liés les uns aux autres. Ce genre de panthéisme animiste fait implicitement partie de la vision du monde propre à la tradition japonaise, mais il s’en est servi pour élaborer une philosophie explicite qui a nourri sa recherche scientifique et son engagement social.

Minakata Kumagusu (deuxième à partir de la gauche) et sa famille posent sur ce portait de 1901 en compagnie de Sun Yat-sen (assis à droite de Kumagusu), qu’il a rencontré lorsqu’il vivait à Londres. Figurent aussi sur la photo (de gauche à droite) Tsunegusu, le frère cadet de Kamagusu, Tsunetarô, le fils de Tsunegusu, l’interprète chinois Wen Bingchen et un autre frère cadet, Kusujirô.

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Nakazawa Shin’ichiArticles de l'auteur

Né en 1950. Anthropologue, philosophe, spécialiste des religions, il est aussi directeur de l’Institut pour la Science Sauvage de l’Université Meiji. Après avoir étudié le bouddhisme au Tibet, il est retourné au Japon pour y développer son propre champ de recherche interdisciplinaire, l’« archéologie de l’esprit humain ». Lauréat du Prix Minakata Kumagusu 2016 pour les sciences humaines. Auteur de nombreux ouvrages, dont Geijutsu jinruigaku (Anthropologie de l’art) et Kumagusu no hoshi no jikan (Le moment resplendissant de Kumagusu). 

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