Vivre à Fukushima — un an après le séisme

Le charme immuable d’Aizu

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Aizu-Wakamatsu, l’une des premières destinations touristiques de la préfecture de Fukushima. Sur fond de désaffection des touristes depuis la catastrophe du 11 mars 2011, une auberge traditionnelle résiste aux vents contraires et attire plus de monde que jamais. Découvrons ensemble ce qui fait l’attrait de cet établissement qui mise sur la « permanence ».

Aizu-Wakamatsu, située près du mont Bandai et du lac Inawashiro, avec ses nombreux sites historiques remontant à l’époque Sengoku et Edo, est l’une des principales zones touristiques de la préfecture de Fukushima. Une centaine de kilomètres séparent la ville de la centrale nucléaire de Fukushima-Daiichi et le niveau de contamination radioactive y est sensiblement le même que dans la capitale et ses environs. Pourtant, les visiteurs se détournent de la région.

Une auberge traditionnelle qui résiste aux vents contraires

La calligraphie offerte par Noguchi Hideyo à l’auberge Mukaitaki. Le professeur, accompagné de sa mère Shika, a laissé ce commentaire approbateur : « Alcools fins et cuisine raffinée ».

Dans ce contexte, une auberge traditionnelle qui a continué à accueillir la clientèle après la catastrophe, a enregistré une hausse de la fréquentation : dès la mi-avril, celle-ci atteignait 60% de son niveau de l’année précédente puis, en mai, elle enregistrait même une progression de 10% par rapport à mai 2010. C’est l’auberge Mukaitaki de Higashiyama-Onsen (la station thermale de Higashiyama), à une dizaine de minutes du centre-ville d’Aizu-Wakamatsu en voiture.

Lieu de villégiature du clan Aizu à l’époque d’Edo, la maison est transformée en auberge en 1873. De nombreuses personnalités y ont séjourné, à commencer par les premiers hommes politiques modernes comme Ito Hirobumi, le docteur Noguchi Hideyo, la poète Yosano Akiko ou, plus récemment, l’ancien premier ministre Koizumi Junichiro. Le bâtiment, de type sukiya-zukuri qui rappelle l’ère Meiji, est inscrit au registre du patrimoine national. C’est grâce à ce charme de la « permanence » que l’auberge est parvenue à surmonter les récents événements.

Le patron actuel de l’auberge, représentant de la sixième génération, s’appelle Hirata Yûichi.

Il se remémore le 11 mars 2011 : « À Aizu, le séisme a été de force 6 moins, et Mukaitaki n’a subi pratiquement aucun dommage. C’est une construction en bois qui a plus de cent ans, mais pas une tuile n’est tombée du toit. La secousse n’a pas été trop forte, nous n’avons même pas eu une assiette cassée. Tout était tellement normal que les clients qui sont arrivés après le tremblement de terre en ont été surpris. »

Ni le bâtiment ni les installations n’ont souffert, mais les lignes de chemin de fer et les routes étaient coupées et les transports en commun ne fonctionnaient plus. L’approvisionnement stoppé, il était impossible de se ravitailler en carburant ou en produits alimentaires. Puis, les 12 et 15 mars, les explosions d’hydrogène qui ont secoué la centrale nucléaire de Fukushima-Daiichi ont répandu la crainte d’une contamination radioactive.

« Aizu se trouve à une centaine de kilomètres de la centrale, mais j’étais décidé à chercher un lieu de refuge pour mes employés et ma famille. Comment allais-je faire pour entretenir seul cette auberge immense ? A un moment, j’ai même envisagé de fermer l’auberge, de mettre un terme à 140 années d’activité. »

Les eaux thermales de Mukaitaki, tirées directement à la source. Chaque bain possède sa particularité : le « bain du renard », qui rappelle l’histoire de ce lieu de villégiature du clan Aizu, les trois bains familiaux et le vaste « bain des singes ». La source à 60 degrés ne subit aucun ajout, son eau est ramenée à une température de 42 à 45 degrés grâce à un habile jeu de canalisations.

La gastronomie traditionnelle de Mukaitaki, axée sur la production locale. La carte précise que les ingrédients proviennent de la préfecture de Fukushima, mais aucun client ne refuse de les consommer.


Mukaitaki en hiver.


Mukaitaki aux premiers jours de l’été.


Le hall d’entrée, riche de 140 années d’histoire.


                   Hirata Machiko, la patronne de l’auberge.


Le jardin, orné en hiver de « bougies pour admirer la neige ». Les supports en bambou sont tous de fabrication artisanale.


                   Les employés s’occupent des bougies. Même par grand froid, ils maintiennent                           leur tour de ronde dans le jardin pour vérifier qu’aucune ne s’est éteinte.


Le jardin aux premiers jours de l’été. 


                   Le couloir soigneusement ciré.


Les escaliers luisants de propreté.


Le « bain du renard », le plus ancien de l’auberge.


Le vaste « bain des singes ».


Les spécialités de l’auberge : la daurade mijotée et le saké Bishukakô (« Alcools fins et cuisine raffinée »)

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