Hakuhô, le plus grand yokozuna de l’histoire du sumo : un précieux regard sur la légende

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Nagayama Satoshi [Profil]

Pendant les plus de 14 ans du règne du yokozuna Hakuhô, une quantité de record auront été battus : 45 tournois gagnés, 1 187 victoires… rien que ça ! Le grand champion venu de Mongolie était pourtant une figure controversée pour son style de combat violent et son comportement peu élégant. Hors du ring, pourtant, Hakuhô était particulièrement candide et amical, et personne n’a aimé le sumo plus que lui. Un journaliste qui a suivi sa carrière de près depuis ses tout débuts nous raconte…

Une image « indigne » pour un yokozuna ?

On a souvent fait remarquer que certaines attitudes et certaines paroles de Hakuhô étaient problématiques, venant d’un yokozuna, titre autrefois révéré comme « dieu vivant ». Par exemple, alors qu’on attend d’un lutteur qu’il ne montre jamais ses émotions sur le ring, qu’il gagne ou qu’il perde, Hakuhô levait souvent le poing en signe de victoire après ses combats. Et ses interviews très « directives », dans lesquelles il entraînait les journalistes à de véritables joutes oratoires ont souvent suscité la controverse. On l’a jugé arrogant… Si vous voulez mon avis, c’est une idée fausse. Le Hakuhô que je connais depuis ses débuts a toujours été un jeune homme plein de bonne humeur et d’insouciance, qui adore le sumo plus que tout.

Dans la dernière partie de sa carrière, le grand champion a certes de plus en plus souvent eu recours aux hijiuchi (coups de coude) et aux harite (gifles) pour assurer une victoire, alors que ce qu’on attend d’un yokozuna est qu’il gagne par la dignité de la force tranquille, pas par la violence. Personnellement, je vois plutôt le sens du devoir considéré comme absolu de celui qui s’est élevé au-dessus de l’homme ordinaire, quelque chose de totalement différent du champion de n’importe quel autre sport : « Un yokozuna ne perd jamais. »

Hakuhô effectue la cérémonie d'entrée dans le ring de combat, le 18 novembre 2019 (Jiji).
Hakuhô effectue la cérémonie d’entrée dans le ring de combat, le 18 novembre 2019. (Jiji)

Le lien entre le sumo et le Japon, vu par Hakuhô

Il y a deux ans, lors d’une tournée à Kyûshû (sud-ouest du Japon), j’ai eu l’occasion de réaliser une interview exclusive avec Hakuhô pour un magazine.

À cette occasion, il m’a expliqué la signification réelle du shiko, le rite des lutteurs qui lèvent haut la jambe et frappent le sol avec leur pied avant un combat. « Il s’agit d’éradiquer le mal qui se trouve sous la terre. » Et il m’a raconté un épisode parlant : « Après le grand tremblement de terre du Tôhoku qui a provoqué la catastrophe de Fukushima en mars 2011, les répliques sismiques étaient tellement nombreuses que les gens n’osaient plus dormir. Mais je suis allé faire une cérémonie d’entrée sur le ring en tant que yokozuna, et quand je suis revenu, on m’a dit que le lendemain, les répliques avaient totalement cessé. J’ai compris ce jour-là qu’il y avait un lien spécial entre le sumo et le Japon. »

L’un des secrets du succès de Hakuhô en tant que yokozuna pendant plus de 14 ans est son attachement indéfectible aux anciennes méthodes d’entraînement du sumo, le shiko et le teppô (poussée alternée bras tendus). Il a également étudié l’histoire du sumo avec un vif intérêt, et possède plus de connaissances sur ce sport que les lutteurs japonais. De ce fait, il est bien placé pour transmettre les bonnes traditions du sumo à ses élèves. J’ai de grands espoirs pour sa seconde carrière en tant que magaki oyakata (le titre que Hakuhô a obtenu après sa retraite).

Hakuhô a remporté le tournoi de juillet 2021 avec un record parfait de 15 victoires et aucune défaite. C'était sa dernière apparition en tournoi. (Jiji)
Hakuhô a remporté le tournoi de juillet 2021 avec un record parfait de 15 victoires et aucune défaite. C’était sa dernière apparition en tournoi. (Jiji)

(Voir également notre article : Une journée type dans une écurie de lutteurs de sumo)

(Photo de titre : Hakuhô riant après avoir projeté Nagayama Hitoshi, l’auteur du présent article, sur une plage à Honolulu, Hawaï, en juin 2007. Photo de l’auteur)

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Nagayama SatoshiArticles de l'auteur

Rédacteur en chef du Sumo Journal. Né à Tokyo en 1956. Diplômé de la faculté d’économie de l’université Sophia. Depuis 1986, il est reporter pour le magazine Oozumo du quotidien Yomiuri Shimbun. Auteur de nombreux livres et articles sur le sumo.

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