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Immersion dans la villa Tokiwa, la mythique demeure des grands noms du manga

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Amano Hisaki [Profil]

La villa Tokiwa, à Tokyo,est une résidence quasi légendaire, un immeuble d’appartements où certains des plus grands artistes de l’Âge d’Or du manga, tels Tezuka Osamu ou Fujiko Fujio, ont vécu et travaillé dans leur jeunesse. Si la villa Tokiwa a été démantelée en 1982, elle est à présent reconstruite et transformée en Musée du manga ou plutôt, en un coin de terre sacrée pour les fans du Japon et d’ailleurs...

Le courage de vouloir devenir mangaka

Pourquoi une si grande attention portée aux détails ?

« La villa Tokiwa est un endroit spécial pour les fans. Je voulais me montrer à la hauteur de leurs attentes, se souvient M. Katô. Par exemple, je voulais donner l’impression que les locataires étaient encore en train de dessiner leurs mangas un instant plus tôt. C’est pourquoi le plus grand compliment que j’ai reçu, c’est quand, sur Twitter, quelqu’un a dit : “J’ai l’impression de sentir l’odeur des toilettes !” (rires) »

La chambre d’Akatsuka Fujio. Il est possible de prendre une photo souvenir de sa table de travail (ce service est actuellement arrêté par mesure anti-coronavirus)
La chambre d’Akatsuka Fujio. Il est possible de prendre une photo souvenir de sa table de travail (ce service est actuellement arrêté par mesure anti-coronavirus)

Cependant, il ne faudrait pas prendre ce lieu pour un banal appartement rétro de la nostalgie de l’époque d’après-guerre, pas plus qu’un vestige des rêves de quelques jeunes hommes de talent. Comme le souligne Mme Satonaka Machiko, présidente de l’Association des mangakas japonais, qui a présidé le comité de gestion du Musée du manga de la villa Tokiwa :

« Aujourd’hui, le manga et l’animation japonaise sont connus et appréciés dans le monde entier, mais cela n’a pas toujours été le cas. Il fut un temps où le simple fait de dire “je veux devenir mangaka” vous faisait regarder de travers. C’est dire l’incroyable courage que nos aînés de la villa Tokiwa ont montré en décidant de franchir le pas, l’esprit de défi qu’il fallait à l’époque pour sauter à pieds joints dans le monde du manga. Si leurs chambres étaient minuscules, leurs rêves étaient immenses. Ils se stimulaient et s’encourageaient les uns les autres, se soutenaient pour pousser leur originalité individuelle. Leur défi allait jusqu’à viser toujours plus loin et plus haut que leurs aînés. Les chefs d’œuvres qu’ils admiraient ne les arrêtaient pas, eux feraient encore mieux. Voilà ce qui est important de transmettre au monde entier et aux générations futures, grâce à cet endroit et par des expositions spéciales : l’essence du manga japonais est né ici, à la ville Tokiwa ! »

La chambre de Mizuno Hideko, la seule mangaka femme de la villa Tokiwa. Elle était arrivée à 18 ans, son unique valise à la main du fin fond de Shimonoseki. C’est ici qu’elle a dessiné plusieurs histoires avec Akatsuka et Ishinomori.
La chambre de Mizuno Hideko, la seule mangaka femme de la villa Tokiwa. Elle était arrivée à 18 ans, son unique valise à la main du fin fond de Shimonoseki. C’est ici qu’elle a dessiné plusieurs histoires avec Akatsuka et Ishinomori.

Attirer les jeunes pour la renaissance de la rue commerçante du quartier

Les habitants du quartier espèrent que le Musée de la villa Tokiwa aidera à revitaliser le commerce, qui en a bien besoin.

Dans la période de reconstruction après la guerre, les immeubles locatifs accueillant des jeunes de tout le pays comme celui-ci poussaient comme des champignons dans le quartier de Shiina-machi, qui bénéficiait de la proximité d’Ikebukuro et d’une bonne desserte en tramway et bus pour aller en centre-ville. Une galerie marchande de 500 mètres et de 200 boutiques se mit en place, qui devint le point d’attraction de la vie du quartier. Malheureusement, il reste à peine une dizaine de magasins ouverts aujourd’hui, et la rue de la villa Tokiwa est devenue une rue commerçante fantôme.

Koide Mikio, porte-parole du projet de revitalisation du commerce local, a fermé la boutique d’horlogerie que son père avait ouvert devant le parc de la villa Tokiwa, et s’est associé avec une grande librairie d’occasion pour se reconvertir en profitant de l’ouverture du Musée. Il propose environ 7 000 volumes de mangas et livres des auteurs qui ont fait la gloire de la villa, et un espace salon de thé en reprenant le nom de celui que fréquentaient Ishinomori et les autres locataires à l’époque : l’Eden.

Koide Mikio est très enthousiaste :

« Cela prendra peut-être du temps, mais je veux que des jeunes profitent des magasins vides et investissent dans des projets originaux qui ramèneront de l’animation dans notre rue ! »

La crise du coronavirus a contraint à repousser la date d’ouverture du 22 mars au 7 juillet, et les mesures de distanciation et de restriction sanitaire sont toujours en vigueur, mais l’effet est déjà sensible. Ce sont plus de 400 visiteurs qui viennent les samedi, dimanche et jours fériés, et l’on remarque des familles qui se promènent dans le quartier et dans la rue de la villa Tokiwa. Chez Matsuba, le restaurant chinois, le « râmen à l’ancienne » est très demandé.

Suite > Une amitié forgée autour des râmen et de la villa Tokiwa

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Amano HisakiArticles de l'auteur

Né à Akita en 1961, Amano Hisaki est diplômé de l’université Waseda (département d'économie de la faculté des sciences politiques et économiques) et de l’université pour étrangers de Pérouse (département langue et culture italiennes). Il a travaillé une vingtaine d’années comme journaliste sportif au Mainichi Shimbun avant de devenir traducteur et rédacteur freelance.

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