Le « bushidô » : à l’origine de l’éthique et de l’esprit du Japon

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Kasaya Kazuhiko [Profil]

Le bushidô représentait l’ensemble des règles s’appliquant aux attitudes et au comportement des samouraïs. Avec l’avènement du shogunat Tokugawa commença une période de paix au Japon. Cependant, ces changements apportés au code moral ne furent pas sans conséquences sur les sources de revenus des habitants, l’économie et l’éthique des masses.

« La voie du guerrier est la mort » : le malentendu du livre Hagakure

L’une des ouvrages les plus connus sur le bushidô est Hagakure écrit en 1716 par Yamamoto Tsunetomo, ancien serviteur de Nabeshima Mitsushige du domaine de Saga. La citation « La voie du guerrier est la mort » a donné lieu à un malentendu ; pour beaucoup, le bushidô était assimilé à un code prônant la mort. Cependant, il ne s’agit pas d’une invitation au suicide. Mais cela signifie que grâce à une conscience constante de la mort, il est possible d’atteindre un état de liberté qui transcende la vie et la mort, par lequel « il est possible de remplir parfaitement sa vocation de guerrier ».

« La loyauté ultime pour un serviteur est d’exhorter son seigneur à gouverner la nation » peut-on encore lire dans cet ouvrage. Cette citation sous-entend que la plus haute forme de dévotion en tant que bushi exige que ce dernier fasse tout son possible pour rappeler à l’ordre son dirigeant s’il fait les mauvais choix, afin que le domaine et le clan soient gouvernés dans les meilleures conditions. Il met l’accent sur le bushidô en tant que forme de culture personnelle et d’autodiscipline.

Inculquer le bushidô aux masses

La priorité suivante était de promulguer l’esprit du bushidô au-delà de la classe guerrière, à la population en général, afin d’en faire une culture éthique de la nation. Le Kashôki, mentionné ci-dessus, jouera un rôle important dans la transmission du bushidô au plus grand nombre.

Si le Kashôki a été écrit par un samouraï, son lectorat était composé de gens ordinaires. Son style est important ; à noter qu’il a été écrit en utilisant l’écriture kana afin que toute personne ayant reçu une éducation élémentaire en lecture et en écriture, à l’époque dispensée dans les temples, puisse le lire. Il aurait même été lu par des adolescents et des femmes. Le Kashôki était donc apprécié toutes générations confondues, un engouement qui perdurera rééditions après rééditions.

Un livre intitulé Kokon bushidô ezukushi (Images du bushidô à travers les âges) paru vers la fin du XVIIe siècle témoigne de la diffusion du bushidô au grand nombre. S’adressant à des enfants, ce livre illustré de Hishikawa Moronobu, souvent considéré comme le « fondateur » des estampes ukiyo-e, raconte des récits populaires héroïques de guerriers avec une description simple pour chaque illustration. Le fait même que le titre du livre comporte le mot « bushidô » est la preuve que le concept s’était largement répandu dans le pays.

En outre, les préceptes moraux édictés dans le Kashôki, « ne pas mentir, ne pas être lâche, agir fidèlement jusqu’au bout », modifièrent considérablement le comportement des masses, à l’instar des transactions commerciales, qui devinrent peu à peu une éthique mettant l’accent sur la confiance avant tout dans les activités économiques.

Il est donc clair que le bushidô aura eu un impact sur de nombreux aspects de la société japonaise et de sa population.

(Photo de titre : statue équestre de Kikuchi Takemitsu, commandant militaire de la fin de l’époque de Kamakura au début de l’époque Muromachi. ©Photothèque)

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Kasaya KazuhikoArticles de l'auteur

Né en 1949. Professeur à l’Université Gakuin d’Osaka et professeur émérite au Centre international de recherche pour les études japonaises. Il est spécialisé dans l’histoire du Japon et la société guerrière. Diplômé d’études supérieures en histoire à l’université de Kyoto, il a obtenu son poste actuel en 2018 après avoir travaillé comme professeur au Centre international de recherche pour les études japonaises. Il a été professeur invité dans de nombreuses universités telles que l’Université Humboldt de Berlin, l’Université de Pékin ou encore l’Université de Paris. Parmi ses principaux ouvrages : « Bataille de Sekigahara et campagne d’Osaka » (Sekigahara kassen to Osaka no jin), « Culture traditionnelle et mondialisation » (Dentô bunka to globalization) et « Histoire intellectuelle du Bushidô » (Bushidô no seishinshi).

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