Le « voyage vers la lumière » du peintre Oscar Oiwa

Art Culture

Tim Hornyak [Profil]

L’artiste brésilien d’origine japonaise Oscar Oiwa peint des toiles éthérées tour à tour sombres et lumineuses, où le tragique voisine souvent avec l’humour. Nous nous sommes entretenus avec lui lors de son passage au Japon à l’occasion de la grande exposition personnelle « Voyage vers la lumière » (Journey to the Light) que lui a consacré le Musée d’art contemporain du XXIe siècle de Kanazawa. (Note : du 3 mai au 12 juin 2023, ses créations sont à admirer au Lurf Museum, dans le quartier de Shibuya, à Tokyo.)

Le secret du bonheur : une quête constante de la lumière

Dans l’œuvre d’Oscar Oiwa, les thèmes sombres vont souvent de pair avec une forme d’optimisme ou d’ironie. En 2004, il a peint une huile sur toile intitulée « Jardin de fleurs » (Flower Garden), composée de cinq panneaux, qui fait à présent partie de la collection d’art contemporain du Musée municipal de Hiroshima. Le centre est occupé par un grand arbre dont le tronc se dresse au milieu d’édifices de Hiroshima plongés dans l’ombre qui n’ont pas encore été détruits. Cet étrange paysage urbain est parsemé de myriades de fleurs phosphorescentes.

« Jardin de fleurs » (Flower Garden), 2004, 2,27 m x 4,44 m. Collection d’art contemporain du Musée municipal de Hiroshima
Flower Garden (« Jardin de fleurs »), 2004, 2,27 x 4,44 m. Collection d’art contemporain du Musée municipal de Hiroshima.

La rétrospective du Musée d’art contemporain du XXIe siècle de Kanazawa comprend aussi une œuvre de 2016, appelée Mushroom Forest (« Forêt de champignons »), qui fait référence à une autre catastrophe majeure, celle la fusion des réacteurs de la centrale nucléaire de Fukushima consécutive au Grand tremblement de terre de l’Est du Japon et au tsunami du 11 mars 2011. Elle représente des champignons vénéneux géants translucides émergeant d’un paysage d’un vert éblouissant ponctué de tours de refroidissement de centrale nucléaire.

« Forêt de champignons » (Mushroom Forest), huile sur toile, 2016, 2,27 m x 5,55 m. Collection de l’artiste. © Oscar Oiwa Studio.
Mushroom Forest (« Forêt de champignons »), huile sur toile, 2016, 2,27 x 5,55 m. Collection de l’artiste. © Oscar Oiwa Studio.

Au bout du compte, l’exposition Journey to the Light d’Oscar Oiwa est stimulante et exaltante, et garde toujours un côté ludique. Les derniers chapitres de cette rétrospective sont consacrés au thème omniprésent de la lumière que l’artiste décline de différentes manières. Une salle plongée dans la pénombre abrite des vitrines où sont exposées des œuvres censées stimuler les cellules en bâtonnets photoréceptrices de la rétine qui sont conçues pour détecter les formes dans la semi-obscurité. Le contenu de ces vitrines est constitué de peintures réalisées avec des couleurs légères, de la feuille d’or et d’argent et des diodes électroluminescentes (LED). Vortex, une huile sur toile de 2018, est constitué par un tourbillon de points lumineux surmontant un alignement circulaire de constructions urbaines. Enfin Journey to the Light (« Voyage vers la lumière »), l’œuvre qui a donné son titre à la rétrospective du Musée d’art contemporain du XXIe siècle de Kanazawa se trouve dans la dernière salle. L’artiste y a peint des arbres transparents situés dans la clairière d’une forêt tropicale débordante de lumière.

« Cinq nids » (Five Nests), huile sur toile, 2012, 2,27 m x 5,55 m. Collection de l’artiste. © Oscar Oiwa Studio.
Five Nests (« Cinq nids »), huile sur toile, 2012, 2,27 x 5,55 m. Collection de l’artiste. © Oscar Oiwa Studio.

« J’ai découvert récemment que pour être heureux, je dois entretenir la lumière que je recherche », écrit Oscar Oiwa dans l’introduction de la dernière partie de son exposition. « Je crois que le bonheur est quelque chose non pas que l’on obtient mais que l’on construit. Et pour donner forme à cette idée abstraite, j’ai réalisé une série d’œuvres dans les tons verts et bleus qui débordent de lumière. »

(Photo de titre : Oscar Oiwa en train de réaliser une œuvre monumentale intitulée Woods pour la rétrospective que lui a consacré le Musée d’art contemporain du XXIe siècle de Kanazawa. ©Keizo Kioku, avec l’aimable autorisation du Musée d’art contemporain du XXIe siècle de Kanazawa.)

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Tim HornyakArticles de l'auteur

Journaliste né à Montréal, au Canada. Diplômé en journalisme de l’Université de Carleton à Ottawa, il a travaillé notamment pour Kyodo News, NHK, CNet, IDG News pendant 20 ans. Il a écrit de nombreux ouvrages sur les inventeurs japonais, les ingénieurs, les roboticiens et des scientifiques ayant reçu le prix Nobel. Ses travaux ont fait l’objet d’articles dans diverses publications telles que Nature, Science, Scientific American et sur Internet. Il est également l’auteur de Loving the Machine: The Art and Science of Japanese Robots et a contribué à la rédaction de plusieurs guides de voyage Lonely Planet. Il habite à Tokyo depuis 12 ans.

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