
Le commandant qui s’était opposé aux opérations d’attaques kamikazes de la guerre du Pacifique
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La raison d’une opposition aux attaques-suicides
« Mon intérêt s’est éveillé avec la rencontre de Tsuboi Hirokata, un pilote de chasse de l’escadrille Fuyô, celle que dirigeait le commandant Minobe. Dans le cadre d’une série d’articles sur les souvenirs de ceux qui ont vécu la Guerre du Pacifique, je l’avais interviewé à plusieurs reprises. J’étais intéressé par la bataille d’Okinawa, quand le Japon a tenté d’empêcher l’armée américaine de mettre le pied sur l’île principale de l’archipel en lançant des attaques-suicides. J’ai appris qu’il y avait une unité des forces aériennes de la Marine qui a malgré tout continué à implémenter des tactiques d’attaques conventionnelles. »
Ainsi parle Sakai Katsuhiko concernant le livre qu’il consacre à Minobe Tadashi.
Le livre de Sakai Katsuhiko intitulé « Je n’ai pas participé aux attaques-suicides spéciales. La vie de Minobe Tadashi. »(Tôkkô sezu. Minobe Tadashi no shôgai, Éditions Hôjôsha, août 2017)
Minobe était un militaire de carrière, pas particulièrement impliqué idéologiquement. Il avait été formé dans une académie de la marine de guerre, où il avait des notes plutôt moyennes (97e sur 160). Il avait formé ses vœux d’affectation pour l’aviation de Marine, car c’était la voie la plus simple pour devenir pilote, même si c’était loin d’être l’unité la plus prestigieuse. Dès cette époque, son pragmatisme est perceptible. Ce n’est que plus tard qu’il développa une opposition rationnelle vis-à-vis de la stratégie des attaques-suicides spéciales (dont le nom officiel en japonais est kamikaze tokubetsu kôgeki-tai).
En effet, ce n’est certainement pas par manque de vertu éthique que Minobe, à peine âgé de 29 ans à l’époque, exprima son opposition à la stratégie des pilotes kamikazes au cours des réunions d’état-major de la Marine. Encore moins par antimilitarisme. Il reconnaissait aux attaques-suicides le caractère d’un moyen de dernier ressort. Mais pour lui, avant d’en arriver là, il était du devoir de l’état-major de la Marine d’épuiser les moyens conventionnels. Minobe fut durement critiqué en commission d’état-major et contrairement à ses attentes, c’est la proposition inverse qui fut adoptée.
Les résultats tactiques des bombardements de nuit
Les attaques-suicides spéciales étaient présentées comme une preuve de courage et de détermination. Mais effectuées par des pilotes mal équipés et mal entraînés, cela ressemblait à de l’improvisation à court terme. Une majorité d’appareils étaient abattus avant d’atteindre le navire ennemi.
Pour sa part, Minobe mit au point des attaques nocturnes. L’escadrille Fuyô (« escadrille de l’hibiscus rose ») mena sa dernière bataille à partir de l’aérodrome d’Iwagawa sur la péninsule d’Ôsumi, préfecture de Kagoshima, au sud-ouest du pays. Pendant la journée, les appareils étaient cachés et préparés sous la couverture forestière des alentours, en camouflant la piste de décollage en prairie où paissaient des bovins. La nuit venue, l’escadrille attaquait les navires américains qui s’approchaient au sud puis se repliaient. Une goutte d’eau dans l’océan face à la puissance de la Marine américaine, peut-être, mais dans le contexte d’une guerre qui était déjà visiblement perdue, les résultats furent importants. Et la base d’Iwagawa resta secrète jusqu’à la fin de la guerre.
L’escadrille Fuyô devant le poste de commandement de la base d’Iwagawa à Kagoshima. Le commandant Minobe est en uniforme blanc au deuxième rang, au centre. La photo a été prise le 5 juillet 1945 (avec l’autorisation de Tsuboi Harukata)
Les pages se tournent comme un roman
Le commandant Minobe a l’air de passer pour un « stratège inconnu », mais il jouissait en réalité d’une certaine réputation depuis la fin de la guerre parmi les amateurs d’épopées militaires. À son décès en 1997, à l’âge de 81 ans, l’agence Jiji Press a publié une nécrologie sur « l’ancien général d’aviation », son grade après-guerre au sein des Forces Aériennes d’Autodéfense. Le livre de M. Sakai raconte la vie de Minobe Tadashi à partir de l’académie navale et contient de nombreuses informations d’initiés sur la Marine, et des données techniques de haut niveau sur les appareils de l’aviation.
Que cela ne vous inquiète pas. Quand votre serviteur (Tani Sadafumi) travaillait dans la même équipe que M. Sakai pour Jiji Press, et bien qu’il fût huit ans plus jeune que moi, je suis toujours resté épaté de son talent de rédacteur. Son style simple et fluide ressemble à celui des auteurs de romans de divertissement : les pages se tournent sans que l’on s’en rende compte.
À se demander si M Sakai lui-même n’est pas un de ces fans de militaria.
« Absolument pas ! Écouter les gens raconter ces histoires, lire les documents qui s’y rapportent m’épuise. Je ne le referai plus. Quand j’y repense, je trouve que le chemin pour écrire un livre est long et ardu », dit-il en riant jaune. La liste de remerciements en fin de volume pour leur aide pendant son enquête, les documents, les organismes qui l’ont aidé, contient plus de cent noms. La plupart des documents sont introuvables dans le commerce, rien que pour les réunir, cela ne s’est pas fait tout seul.
Sakai Katsuhiko, l’auteur du livre sur le commandant Minobe, interviewé dans les bureaux de Nippon.com (5 juin 2020)