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Les deux éventails japonais : « uchiwa » et « sensu »

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Si pratiques quand on a besoin de se rafraîchir, les éventails japonais sont connus pour leurs qualités esthétiques. Il en existe deux formes, les uchiwa sont plats et les sensu, pliables. Penchons-nous sur leur histoire et leur utilisation.

Sensu

Les éventails pliants dits sensu ont été inventés au Japon vers le IXe siècle, au début de la période Heian. Appelé aussi ôgi, ces éventails pliables étaient facilement transportables. À l’origine, les hommes l’utilisaient à la cour impériale pour prendre des notes.

Progressivement, ces ôgi ont pris des couleurs et ont fini par être illustrés. Les femmes de la cour les ont adoptés et ils sont devenus plus décoratifs. Oeuvres d’art, on pouvait y ajouter des motifs ou on y écrivait des poèmes (waka), quand d’autres les dédiaient aux dieux et à Bouddha. Les « Notes de chevet ! (Makura no sôshi), un classique de la littérature japonaise écrit à la fin du Xe siècle, ainsi que le Dit du Genji (Genji-monogatari) dans son chapitre intitulé « Yûgao ! mentionnent tous deux des ôgi. Ils étaient utilisés lors de cérémonies shinto, en cérémonie du thé (sadô) ou lors de danse traditionnelle buyô. Les kawahori-ôgi ont ensuite été inventés, avec leur structure en bambou recouverte de papier d’un seul côté, ils ressemblent à nos sensu modernes. Facilement transportable, ce type d’éventail est très pratique. Pliable, il tient dans un sac ou une poche.

Kyoto, l’un des principaux sites de production des éventails pliants, a notamment donné le kyô-sensu. Faits de bambou, recouverts de papier ou de soie, ces éventails sont ornés de feuilles d’or ou d’argent voire laqués grâce à la technique dite maki-e. Prisées de longue date, ces petites œuvres d’art sont principalement destinées à un public féminin. Citons notamment le mai-ôgi qui est utilisé en danse traditionnelle, lors des saluts pendant la cérémonie du thé ou à l’occasion de mariages. Ces précieux éventails nécessiteraient jusqu’à 87 étapes de fabrication et supposent l’intervention de plusieurs artisans.

Éventail de type kyô-sensu (© Pixta)
Éventail de type kyô-sensu (Pixta)

Nagoya n’a rien à envier à Kyoto pour ce qui est de la production d’éventails pliants. On y fabrique des nagoya-sensu qui, à la différence des sensu de Kyoto destinés aux femmes, sont eux davantage considérés comme des objets du quotidien à usage masculin.

Un éventail de type nagoya-sensu dont le motif est inspiré du tigre du palais principal (Honmaru goten) du château de Nagoya. (Photo avec l’aimable autorisation de Suehirodô)
Un éventail de type nagoya-sensu dont le motif est inspiré du tigre du palais principal (Honmaru goten) du château de Nagoya. (Photo avec l’aimable autorisation de Suehirodô)

À Tokyo, on trouve également des edo-sensu dont le nom fait référence aux éventails pliants originellement vendus à Edo (l’ancien nom de la capitale). Ils comptent 15 « brins ! de bambou robustes et les motifs sont souvent aussi simples qu’audacieux.

Un éventail de type edo-sensu représentant « La grande vague de Kanagawa ! de Hokusai, le célèbre artiste d’ukiyo-e. (Photo avec l’aimable autorisation d’Ibasen)
Un éventail de type edo-sensu représentant « La grande vague de Kanagawa ! de Hokusai, le célèbre artiste d’ukiyo-e. (Photo avec l’aimable autorisation d’Ibasen)

Dans l’art du rakugo, le conteur use de deux accessoires essentiels : l’éventail sensu et la serviette en fin tissu (tenugui). Habilement manipulé, le sensu arrive à figurer des baguettes, des ciseaux, un stylo, etc. Ce type d’éventail est également utilisé dans les arts du spectacle traditionnels japonais, que sont le kyôgen, le et le buyô.

Le conteur de rakugo San’yûtei Hôraku utilise son éventail pour figurer une coupe de saké. Photo prise au théâtre Asakusa Tôyôkan à Tokyo. (© Jiji)
Le conteur de rakugo San’yûtei Hôraku utilise son éventail pour figurer une coupe de saké. Photo prise au théâtre Asakusa Tôyôkan à Tokyo. (Jiji)

Ventilateurs électriques portatifs

Et en 2017, les petits ventilateurs électriques portatifs débarquent. Après avoir remporté un grand succès dans toute l’Asie, ils sont arrivés au Japon grâce aux réseaux sociaux. Légers, faciles à transporter, à vitesse réglable et d’un prix tout à fait abordable, ils ont séduit les foules. Il en existe de nombreux types dans le commerce, certains se portent autour du cou, d’autres peuvent se transformer en ventilateurs de bureau, d’autres encore ont même une fonction brumisateur et certains sont dépourvus de pales.

Alors uchiwa, sensu, ou ventilateurs ? Avec un choix pareil, vous trouverez forcément celui qui vous aidera à supporter les chaleurs estivales !

Japonaise en yukata se rafraîchissant grâce à son ventilateur électrique portatif. (© Pixta)
Japonaise en yukata se rafraîchissant grâce à son ventilateur électrique portatif. (Pixta)

(Photo de titre : Pixta)

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