Le b.a.-ba du Japon

La céramique japonaise : une tradition vivante aux multiples visages

Art Culture

Tout au long de leur histoire, les Japonais ont utilisé de la terre pour fabriquer des objets à usage utilitaire, esthétique ou rituel. Chaque style de poterie de l’Archipel est étroitement lié à l’environnement spécifique de la région où il s’est développé et à la façon de vivre de ses habitants. Les céramiques produites sont donc de toute originalité.

Des figurines auréolées de mystère

Les vestiges de céramique les plus anciens retrouvés au Japon datent de la préhistoire et plus précisément de la période dite Jômon (11 000 av. J.-C.-400 av. J.-C.). Le mot lui-même signifie « à décor cordé », en faisant référence aux poteries. Les formes très particulières de certaines figurines, le mystère dont elles sont auréolées et l’énergie qui en émane avaient suscité un regain d’intérêt notamment à l’occasion de l’exposition Jômon – Naissance de l’art dans le Japon préhistorique organisée par la Maison de la culture du Japon à Paris en décembre 2018.

Figurines anthropomorphes en terre cuite (dôgu) datant de l’époque Jômon (11 000 av. J.-C.-400 av. J.-C.). (A gauche) La « Vénus de Jômon » découverte en 1986 dans la préfecture de Nagano. (A droite) La « déesse masquée » retrouvée en l’an 2000 dans la même région du Japon. (Jiji Press)
Figurines anthropomorphes en terre cuite (dogû) datant de l’époque Jômon (11 000 av. J.-C.-400 av. J.-C.). À gauche : la « Vénus de Jômon » découverte en 1986 dans la préfecture de Nagano. À droite : la « Déesse masquée » retrouvée en l’an 2000 dans la même région du Japon. (Jiji Press)

Céramiques poreuses et céramiques vitrifiées

Les poteries sont fabriquées avec des matières premières naturelles, notamment de l’argile ou du grès dont certains composants ont la propriété de se vitrifier à la cuisson. Les potiers façonnent la terre glaise pour créer des objets de formes très diverses qu’ils font ensuite cuire afin de leur donner une certaine solidité. On classe généralement les céramiques en deux catégories suivant qu’elles sont poreuses ou vitrifiées (porcelaine). Les poteries de type poreux sont cuites à une température moins élevée que la porcelaine et elles sont dans la plupart des cas plus épaisses. Elles ont aussi une apparence nettement plus chaleureuse. Les céramiques de type vitrifié doivent leur aspect au kaolin - une argile blanche friable et résistante -, au quartz et aux feldspaths avec lesquels elles sont réalisées. Et elles se signalent aussi par un grain beaucoup plus fin. Après une cuisson supérieure à 1 200 degrés, la porcelaine devient extrêmement dure et elle est vitrifiée en profondeur. Chacune de ces deux catégories de terre cuite a donné lieu à des styles très divers caractérisés par un décor constitué suivant les cas de glaçures en tous genres, de petites touches au pinceau ou d’incisions et de motifs en creux réalisés à l’aide d’un ciseau ou d’un poinçon.

Les « six anciens fours » (rokkoyô) du Japon

Entre la fin de l’époque de Heian (794-1185) et celle de l’époque de Muromachi (1336-1568), la céramique japonaise a connu une phase particulièrement prolifique. Durant cette période, des potiers ont construit des fours dans plusieurs parties de l’Archipel. Et c’est alors que les « six anciens fours » (rokkoyô), considérés comme les plus prestigieux du Japon, se sont constitués. Bizen, dans la préfecture d’Okayama. Tanba, dans la préfecture de Hyôgo. Shigaraki, dans la préfecture de Shiga. Tokoname et Seto dans la préfecture d’Aichi. Et Echizen, dans la préfecture de Fukui. En 2017, ces six sites ont été inscrits par le gouvernement japonais sur la liste du patrimoine culturel de l’Archipel.

À gauche : flacon à saké caractéristique de la céramique de Bizen, dans la préfecture d’Okayama. Les superbes effets de couleur sont dus non pas à une glaçure mais à la cendre fondue qui s’est déposée naturellement sur l’objet durant sa cuisson à haute température dans un four à bois. À droite : Kamagaki no komichi, littéralement « la ruelle bordée par des fours » de la ville de Seto, dans la préfecture d’Aichi. Elle longe en partie un mur constitué par d’anciens étais de four. La céramique de Seto est très ancienne et elle doit sa renommée à sa haute qualité à la fois technique et esthétique. (Photo : Pixta)
À gauche : flacon à saké caractéristique de la céramique de Bizen, dans la préfecture d’Okayama. Les superbes effets de couleur sont dus non pas à une glaçure mais à la cendre fondue qui s’est déposée naturellement sur l’objet durant sa cuisson à haute température dans un four à bois. À droite : Kamagaki no komichi, littéralement « la ruelle bordée par des fours » de la ville de Seto, dans la préfecture d’Aichi. Elle longe en partie un mur constitué par d’anciens étais de four. La céramique de Seto est très ancienne et elle doit sa renommée à sa haute qualité à la fois technique et esthétique. (Pixta)

La céramique en grès brun rouge à l’aspect granuleux de Shigaraki, dans la préfecture de Shiga, est l’une des plus anciennes du Japon. Ses origines remontent en effet à la fabrication des premières tuiles de l’Archipel. Les effigies de toutes tailles que l’on voit ci-dessus constituent autant de représentations de tanuki, une entité des forêts à la fois malicieuse et bienveillante à laquelle les habitants de l’Archipel attribuent des pouvoirs magiques. (Pixta)
La céramique en grès brun rouge à l’aspect granuleux de Shigaraki, dans la préfecture de Shiga, est l’une des plus anciennes du Japon. Ses origines remontent en effet à la fabrication des premières tuiles de l’Archipel. Les effigies de toutes tailles que l’on voit ci-dessus constituent autant de représentations de tanuki, une entité des forêts à la fois malicieuse et bienveillante à laquelle les habitants de l’Archipel attribuent des pouvoirs magiques. (Pixta)

Suite > Ce qui lie la poterie et la cérémonie du thé

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histoire art céramique Jômon poterie

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