L’affaire Fuji TV et Nakai Masahiro : l’éthique de certains médias japonais remise en question

Société

La chaîne Fuji Television a été sévèrement critiquée pour sa gestion médiocre et insuffisante de l’affaire d’agression sexuelle impliquant l’une des plus importantes personnalités du showbiz japonais. Ce scandale remet en question l’éthique de certaines sociétés liées au monde des médias.

La réaction des annonceurs et ses répercussions

Dans cette affaire, les pressions venues de l’extérieur, et non seulement la réponse de Fuji Television, ont eu d’énormes répercussions. Après la conférence, le 17 janvier, de Minato Kôichi, alors PDG, des annonceurs ont décidé de cesser de diffuser des publicités sur la chaîne, en raison du manque de transparence sur l’attribution de la responsabilité. Cela a conduit très vite à la décision d’une centaine d’annonceurs, après Nippon Life, et Toyota, d’en faire de même après le 25 janvier. Cela a un impact majeur sur le diffuseur, qui n’a pas trouvé preneur pour son offre publicitaire après avril 2025.

Il faudrait séparer la structure managériale de la production des émissions mais…

Selon certains, ce qui est arrivé chez Fuji Television serait au final dû à la réaction inappropriée de l’entreprise, qui ne disposait pas d’une structure interne adaptée du point de vue du strict respect de la réglementation relative aux plaintes des employés sur des torts subis, qui garantirait la protection qui devrait être évidente des victimes, des enquêtes internes, la prévention des reproductions de tels incidents, et offrirait des services de conseils légaux.

Ces points qui concernent des questions de gouvernance interne et les animateurs de certaines émissions devraient être débattus dans les parties concernées de l’entreprise. Ils ne devraient pas avoir de répercussion sur l’ensemble des émissions produites par Fuji TV.

De plus, les annonceurs paient de l’argent en contrepartie de la diffusion de publicités dans un cadre défini, et à moins qu’il s’agisse d’une coproduction avec l’annonceur, on ne leur reconnaît pas le droit de dire un mot sur les contenus des émissions.

Nakai, l’animateur en question, ne paraît plus dans aucune émission de Fuji Television, et le rôle de la chaîne dans ce scandale n’est pour l’instant qu’une suspicion. Par conséquent, ce n’est pas une raison rationnelle pour les annonceurs de considérer qu’ils ne doivent plus diffuser de publicité sur cette chaîne. Estimer qu’y faire de la publicité est mauvais pour leur image est sans aucun doute aller trop loin.

Enfin, si un annonceur cesse de diffuser de la publicité pour des raisons qui lui sont propres, il doit indemniser le diffuseur. Dans ce cas, les dirigeants de l’entreprise qui est l’annonceur peuvent craindre que leurs actionnaires leur demandent des comptes.

Mais si les annonceurs ont malgré cela décidé de ne plus exploiter Fuji Television, c’est parce qu’ils craignaient qu’en continuant, ils risquaient de faire face à des accusations directes des consommateurs, voire à des boycotts.

Ces dernières années, dès qu’un artiste est impliqué dans un scandale, il y a de plus en plus de « consommateurs moralisateurs » qui téléphonent pour accuser les annonceurs qui diffusent de la publicité dans les émissions dans lesquelles paraît cet artiste. Pour éviter les problèmes que créent ce type de reproche, les annonceurs proposent aux producteurs d’émissions télévisées de ne pas utiliser les personnalités médiatiques qui sont dans cette situation, et font savoir qu’ils n’y diffuseront pas de publicité.

Fuji Television a pour sa part annoncé qu’elle n’avait pas l’intention d’exiger des annonceurs l’ayant abandonné les sommes qu’ils auraient dû lui payer, une initiative qui a encouragé les annonceurs à faire fortement pression sur le diffuseur. D’où la conférence de presse du 27 janvier, d’une longueur extraordinaire (plus de dix heures).

Tout le secteur des médias doit prendre ces faits au sérieux, à savoir que les « accusations des consommateurs vis-à-vis des annonceurs qui ont fait subir ont causé une forte pression économique sur la gestion de Fuji Television et aux producteurs de ses émissions, et ont constitué un choc énorme.

Les informations publiées par Shûkan Bunshun et les problèmes qu’elles posent

Le magazine a publié dans son numéro daté du 25 décembre un article selon lequel des dirigeants de Fuji Television auraient participé au dîner pendant lequel Nakai a agressé « X ». Fuji Television l’a immédiatement démenti, et le magazine n’a plus reparlé de cette allégation.

Il a ensuite reconnu avoir publié une information inexacte, mais la manière dont il a annoncé cet erratum et le moment où il l’a fait ont été très critiqués pour leur façon de faire, et leur irresponsabilité. Toutes ces réactions ont à nouveau fait apparaître l’importance de l’exactitude et de la correction rapide en cas d’erreur pour les médias.  

Perspectives futures et orientation des réformes

Fuji Television est vu comme collaborant pleinement à la commission d’enquête indépendante, dans le but de régler le problème survenu et de restaurer la relation de confiance. La commission doit en principe annoncer le résultat de ses travaux à la fin du mois de mars.

Il est fort vraisemblable que ce rapport reconnaisse le détail des faits, à savoir qu’il n’y a pas eu de réponse appropriée vis-à-vis de la victime de l’agression et que cela constitue un problème majeur de gouvernance interne, notamment en raison des manquements observés dans la divulgation des informations à la commission de conformité, et du soupçon selon lequel cette employée ait été utilisée comme personnel chargée de recevoir les invités. (Il est utile de ne pas oublier que dans le but de protéger les droits de la victime, il n’est pas certain que cette commission indépendante rende public l’ensemble des résultats de son enquête.)

On attend de Fuji Television, qu’une fois informée des résultats de l’enquête de la commission indépendante, elle prenne rapidement des mesures concrètes pour rénover sa direction et renforcer sa gouvernance. Enfin, étant donné que les annulations de publicité de la part des annonceurs ont eu des conséquences très sérieuses sur sa gestion, il est à espérer que cette crise devienne une occasion pour l’entreprise de lancer une révision complète de sa gouvernance interne et de son système de gestion de crise, pour qu’elle montre au public qui la regarde, aux annonceurs, et aux actionnaires qu’elle répond de manière responsable à la crise qu’elle traverse.

S’il s’avère que Fuji Television avait une culture d’entreprise dans laquelle il était normal d’utiliser les employés féminins comme hôtesses d’accueil, et une structure dans laquelle les relations avec les animateurs passaient avant tout, qui l’empêchait de voir les problèmes que cela posait, il est permis de penser que c’est peut-être aussi le cas dans les autres sociétés médiatiques.

Ce scandale fournit une nouvelle occasion de discuter de la gouvernance des entreprises actives dans le domaine des médias, de leur éthique, et de relancer le débat sur les relations qu’elles ont avec leurs animateurs vedettes.

(Photo de titre : le siège de Fuji Media Holdings, le 23 janvier, à Tokyo. Jiji)

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