
Kishida Fumio, le 100e Premier ministre du Japon : le profil du nouveau chef du gouvernement
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La promesse de faire souffler un vent nouveau sur la politique japonaise
Kishida Fumio, qui a été ministre des Affaires étrangères et, à neuf reprises, membre de la Chambre des représentants pour Hiroshima, a été élu à la présidence du Parti libéral-démocrate (PLD) le 29 septembre. Il deviendra automatiquement le prochain Premier ministre du Japon le 4 octobre, succédant ainsi à Suga Yoshihide, qui a annoncé au début du mois de septembre qu’il ne chercherait pas à se faire réélire à la tête du parti. (Voir notre article : L’impopulaire Premier ministre Suga jette l’éponge : comment a-t-il causé sa propre perte ?)
Pendant la course à la direction du PLD, qui l’a opposé à Kôno Tarô, Takaichi Sanae et Noda Seiko, Kishida s’est déclaré partisan d’une « politique méticuleuse et humble, ouverte à la diversité des points de vue ». Il va lui être désormais demandé de ramener le parti à ses racines profondes et à sa base élargie, en s’ouvrant lui-même à tout l’éventail des opinions via un débat vigoureux et sans entraves. C’est sa capacité à relever ce défi qui servira de test de ses capacités de dirigeant.
L’interrogation sur l’aptitude des candidats à désamorcer la méfiance de la population envers le processus politique a constitué l’un des thèmes essentiels de la course à la direction du PLD. À cet égard, la configuration des instances dirigeantes du parti, centrées sur Nikai Toshihiro, qui avait occupé pendant cinq longues années le poste décisif de secrétaire général, est devenue la cible des critiques des candidats. Kishida s’est engagé à rénover la gestion du parti, en établissant une limite de trois mandats d’un an pour les dirigeants. Les titulaires actuels des quatre postes non électifs les plus cruciaux — le secrétaire général et les présidents du Conseil de recherche politique, du Conseil général et de la Commission pour la stratégie électorale — sont tous des hommes, âgés en moyenne de 72 ans et demi. L’un des objectifs de Kishida est d’apporter un sang neuf au sommet du PLD, de façon à l’empêcher de s’enfermer dans les formes rigides de jadis. Mais son travail sera sabordé s’il tente de procéder au moindre changement qui puisse s’avérer douloureux pour les membres les plus âgés du parti.
Un regard sur les positions politiques de Kishida
Sur le front de l’économie, Kishida s’emploie à faire passer des mesures qui le situent légèrement à gauche du centre. Il soutient que le Japon à besoin de rompre avec les politiques néolibérales qui prévalent depuis les années 2001-2006, quand Koizumi Jun’ichirô était au pouvoir, et de prendre des mesures pour améliorer le sort de la classe moyenne japonaise en vue de corriger les écarts de richesse qui se sont creusés pendant la pandémie de Covid-19. D’un côté, il continue d’exprimer un soutien vigoureux aux valeurs emblématiques de la politique économique de l’ancien Premier ministre Abe Shinzô — audace dans le domaine monétaire, souplesse fiscale et priorité à la croissance — ; et de l’autre, il admet qu’il y a des limites à ce que peuvent accomplir les « bazookas » que constituent les achats massifs d’actifs et les baisses vertigineuses des taux d’intérêt, et que le salarié moyen japonais n’a bénéficié d’aucun effet de ruissellement consécutif aux avantages octroyés par l’État aux entreprises. En ce qui concerne la politique de croissance pour l’avenir, ce sont le numérique et d’autres secteurs technologiques qui retiennent son attention.
Dans le domaine de la politique étrangère et de la sécurité, Kishida affiche des positions résolument pragmatiques. Son objectif est de maintenir le Japon étroitement aligné sur les États-Unis et l’ordre international libéral qui a émergé autour de ce pays depuis la fin de la Guerre froide, tout en gardant un œil vigilant sur l’instabilité générée par l’essor d’une Chine autoritaire et d’une Russie renaissante. Durant son mandat de ministre des Affaires étrangères dans le gouvernement de M. Abe — resté en place quatre ans et sept mois, un record de durée pour le Japon dans la période de l’après-guerre —, il s’est efforcé d’amorcer une détente des relations sino-japonaises, gelées par les revendications de Pékin sur les îles Senkaku, sous tutelle japonaise, et il a réussi à amener Séoul à la table des négociations, où fut signé un accord entérinant la fin du conflit à propos des « femmes de réconfort ». Aujourd’hui, les relations du Japon tant avec la Chine qu’avec la Corée du Sud sont en train de se tendre, mais Kishida répète avec insistance que, une fois au pouvoir, il mettra tout en œuvre pour maintenir la pression sur les dirigeants de ces pays tout en cherchant des issues via le dialogue.
À l’arrière-plan de l’importance que Kishida accorde au binôme croissance économique - diplomatie tournée vers l’avenir, se trouvent les liens qu’il entretient avec le Kôchikai, la tendance du PLD qu’il dirige. Ce groupe, le plus ancien au sein du parti, a été mis sur pieds en 1957 par Ikeda Hayato, alors ministre des Finances, en accord avec les idées prônées par l’ancien Premier ministre Yoshida Shigeru (1946-1947, 1948-1954), qui a aidé le Japon à reconstituer le socle de son indépendance après sa défaite à l’issue de la Seconde Guerre mondiale. En dépit du poids de l’héritage laissé par cette tendance du parti, Kishida sera le premier Premier ministre issu de ce groupe depuis Miyazawa Kiichi, au pouvoir de 1991 à 1993.
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