La loi sur le peuple Aïnou : quelle déception !

Société Politique

Higashimura Takeshi [Profil]

La nouvelle loi de 2019 qui reconnaît les Aïnous comme un peuple indigène du Japon n’est pas aussi révolutionnaire que ses partisans le suggèrent. On remarquera notamment qu’elle ne contient aucune excuse pour la façon dont les Aïnous ont été traités tout au long de l’histoire, ni la moindre mention d’un éventuel rétablissement des droits des populations autochtones.

Le double jeu de l’État japonais

Je pense que la situation actuelle résulte du fait que beaucoup de Japonais considèrent la politique à l’égard des Aïnous comme une question périphérique, que le gouvernement a tenté d’intégrer dans son agenda en fonction de ses propres intérêts. Depuis le début, avec la rédaction de la loi sur la promotion de la culture, les autorités emploient la même méthode, qui consiste à glisser les mesures qu’elles ont l’intention de prendre dans un rapport commandé à la commission consultative, qui est une instance privée. Le groupe d’élaboration de la politique, qui mène son propre débat à huis clos, trace ensuite les grandes lignes des mesures à prendre. Il y a certes des participants aïnous, mais en nombre réduit, et les Aïnous qui ne participent pas au débat sont laissés dans l’ignorance du processus décisionnel.

L’amélioration de la compréhension des citoyens japonais, présentée comme un objectif tant de la loi précédente que de la nouvelle, soulève aussi des questions. Le gouvernement dit que la politique doit évoluer parce que les citoyens ne sont pas suffisamment informés, mais, ce faisant, il confond les causes et les effets. C’est l’État lui-même qui a fait obstruction à l’amélioration de la compréhension, notamment de l’arrière-plan historique, et dupé le public. Il joue donc double jeu lorsqu’il parle de déficit de compréhension alors qu’il n’a même pas fourni la moindre explication sur les droits autochtones.

L’ombre des préjugés

Lorsqu’il est question de la compréhension du public, il faut aussi parler des préjugés dont les Aïnous font l’objet. C’est un problème sérieux, qu’il convient d’affronter sans complaisance. Et pourtant, la nouvelle loi ne le mentionne qu’une seule fois. Très récemment, un membre de la Diète a exprimé des opinions discriminatoires au cours du débat sur la nouvelle loi : en affirmant que « seuls 20 % des membres de l’Association aïnou de Hokkaidô ont du sang aïnou », il insinuait en fait que très peu de membres de ce groupe sont de « vrais Aïnous ».

Les débats en ligne témoignent eux aussi d’un déficit de compréhension de la loi, avec des gens qui s’y opposent, non pas à cause de ses lacunes, mais parce qu’ils assimilent la protection des droits des Aïnous à une tentative de division de la nation. Il existe un lien profond entre cette attitude et le discours de haine récemment apparu, qui nie l’existence même du peuple aïnou. Le discours de haine pose une question sérieuse. Et pourtant, les efforts consentis par le gouvernement japonais pour régler ce problème ont été ouvertement accusés de rester fort éloignés des normes internationales en matière de politique à l’égard des peuples autochtones et de protection des droits humains fondamentaux. Les législateurs doivent s’efforcer sincèrement d’aborder ces questions s’ils espèrent obtenir un soutien du public et de la communauté internationale.

Autre point important en termes de droits de l’homme est la façon dont vont être traités les vestiges aïnous découverts dans des sites funéraires et aujourd’hui conservés dans divers musées et universités. L’Université de Hokkaidô abrite plus de mille vestiges, dont la plupart ont été collectés contre les vœux des Aïnous. Il est actuellement prévu de les transférer au Musée et Parc national aïnou. Une campagne a été menée pour la restitution des vestiges, mais bien peu ont en fait été rendus, et la majorité d’entre eux sont aiguillés vers la nouvelle installation, en partant du principe qu’il n’y a pas beaucoup de Aïnous désireux de les recevoir. Compte tenu des méthodes employées par les gens qui sont à l’origine de la collecte des vestiges, il conviendrait de les restituer avec des excuses, mais les propos tenus par les chercheurs impliqués dans le projet laissent clairement entendre qu’ils veulent poursuivre leur étude des vestiges à Shiraoi. Il va falloir aussi décider du sort des vestiges autres qu’osseux qui n’ont pas même été intégrés dans le débat jusqu’ici, tels que les échantillons de sang prélevés à des fins de recherche.

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Hokkaidô droits de l'homme minorité Aïnou

Higashimura TakeshiArticles de l'auteur

Membre du personnel enseignant de l’Institut de hautes études du développement international de l’Université de Nagoya. Né à Hokkaidô en 1963. Parmi ses publications, citons « Une introduction aux Aïnous d’après-guerre et à leur relation avec le peuple Yamato » (Sengoki Ainu minzoku : Wajin kankeishi josetsu) et diverses contributions à « Une encyclopédie culturelle de la bombe atomique » (Genbaku o yomu bunka jiten).

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