Une Constitution inchangée depuis 1946

La Constitution japonaise et ses particularités

Politique

Kenneth Mori McElwain [Profil]

La Constitution japonaise, rédigée dans les premières années de l’après-guerre, n’a jamais été amendée depuis son établissement. Dans l’article qui suit, un spécialiste de l’histoire et de la politique constitutionnelles se penche sur la loi fondamentale du Japon en la mettant en contraste avec celles d’autres pays du monde, et en expliquant son caractère tout à fait atypique.

Est-il vraiment nécessaire de passer par les amendements ?

Mais notons que si la Constitution n’a jamais été amendée, ce n’est pas uniquement à cause de sa configuration particulière. Pendant le plus gros de la période d’après-guerre, le Japon a bénéficié d’une croissance économique soutenue, de la stabilité sociale et de la paix sur la scène internationale. Il n’a subi ni crise économique sévère ni invasion étrangère, deux phénomènes qui peuvent générer de l’instabilité politique et des moments de réflexion sur la Constitution. Ainsi, les Japonais n’ont sans doute jamais ressenti le besoin d’amender leur Constitution.

Mais même s’il devait survenir des crises à l’avenir, la Constitution, grâce à sa brièveté hors du commun, est en mesure de s’accommoder d’adaptations concernant les institutions ou la politique. En mai 2017, le Premier ministre Abe est entré directement dans l’arène du débat sur la réforme de la Constitution. Il s’est prononcé pour un amendement de la Constitution japonaise d’ici 2020, en insistant sur deux points : l’ajout à l’Article 9 d’une troisième clause reconnaissant les FAD, et sur un autre thème, la gratuité de l’enseignement supérieur.

Or ces modifications ne requièrent pas un amendement de la Constitution. Pour commencer, en ce qui concerne l’Article 9, on ne comprend pas bien pourquoi les FAD, qui existent d’ores et déjà et dont la survie n’a jamais été remise en cause pour des raisons liées à la Constitution, auraient besoin d’une reconnaissance formelle via un amendement. En fait, le PLD reconnaît depuis longtemps la constitutionnalité des FAD, et le positionnement du gouvernement en faveur d’une révision laisse à penser qu’il ne croit pas en son propre discours.

Ensuite, en ce qui concerne les coûts de l’enseignement, la Constitution dans son état actuel stipule que :

Article 26. (2) Chacun est tenu de donner aux garçons et aux filles, sans exception, placés sous sa protection, l’enseignement élémentaire dans les conditions prévues par la loi. L’éducation obligatoire est gratuite.

La gratuité de l’enseignement supérieur peut être obtenue par une simple modification de la définition juridique de l’enseignement obligatoire, actuellement limitée aux neuf années d’école primaire et de collège

Aucun des arguments exposés ci-dessus ne doit être interprété comme une opposition à toute forme d’amendement de la Constitution. Si les politiciens et les citoyens du Japon se mettent d’accord pour procéder à des modifications spécifiques à des niveaux qui atteignent le seuil de l’amendement, les principes de la démocratie constitutionnelle seront alors respectés. Mais nous devons aussi prendre en considération les risques inhérents à ces amendements, notamment leurs conséquences imprévues. Nous avons besoin d’un large consensus sur les problèmes générés par la Constitution et sur la façon dont un amendement spécifique peut les résoudre. Méfions-nous des propositions qui ne sont pas conformes à ces critères, d’autant que la beauté de la Constitution réside dans la possibilité qu’elle offre de traiter les problèmes par des voies autres que constitutionnelles.

Comme dit le vieux dicton : « Ne répare pas ce qui n’est pas cassé. »

(D’après un original en anglais du 15 août 2017. Photo de titre : le document originel de la Constitution japonaise conservé aux Archives nationales du Japon)

Tags

réforme constitution

Kenneth Mori McElwainArticles de l'auteur

Professeur associé à l’Institut des sciences sociales de l’Université de Tokyo. Né en Irlande, il passe son enfance à Tokyo. Diplômé de l’Université de Princeton et titulaire d’un doctorat de sciences politiques de l’Université Stanford, puis stagiaire postdoctoral au Centre Weatherhead pour les affaires internationales de l’Université Harvard. Il est maître de conférences à l’Université du Michigan avant d’occuper son poste actuel en 2015 et contribue à la rédaction et à l’édition de nombreux ouvrages sur la politique japonaise.

Autres articles de ce dossier