L’impact social du déclin démographique

Pour désamorcer la bombe à retardement de la démographie japonaise

Politique Société

Shimazaki Kenji [Profil]

Selon les projections démographiques les plus récentes, la population du Japon comptera 40 % de personnes âgées en 2060. Shimazaki Kenji explique les implications de ce bouleversement en langage clair et offre des pistes de réflexion sur les mesures à prendre aujourd'hui pour atténuer le choc.

Faire face à une population très vieillissante

Etant donné que la population est la variable la plus fondamentale de l'activité économique et sociale, un vieillissement démographique et un dépeuplement de cette ampleur ne pourront qu'avoir des ramifications profondes à des niveaux multiples. Nous allons à présent nous intéresser aux répercussions sur les politiques publiques dans les domaines politique, économique et la sécurité sociale.

Sur le plan international, le vieillissement et le dépeuplement d'un pays ne peuvent que conduire à une perte proportionnelle de son importance.(*6) Parce que la population japonaise va diminuer à un rythme rapide pendant que celle des pays en développement augmente, la puissance du Japon diminuera plus encore en termes relatifs. Le Japon était le cinquième pays le plus peuplé au monde en 1950 et n'était plus que le dixième en 2010. D'après les projections des Nations unies, il ne serait plus que le seizième en 2050. L'influence qu'exerce un pays n'est évidemment pas uniquement déterminée par sa population et que sa puissance économique joue aussi un rôle. Cependant, étant donné que le vieillissement et la décroissance démographique ont aussi un impact négatif sur l'économie, comme nous allons le voir, le Japon ne pourra que perdre du poids sur la scène internationale.

Face à cette perspective, certains ne manqueront pas de plaider pour une ouverture plus grande à l'immigration afin de compenser la perte démographique (immigration de remplacement). Etant donné qu'il s'agit d'une question qui ne peut que remettre fondamentalement en cause l'essence de la nation, la prudence s'impose. Dans une large mesure, le Japon dépend déjà des immigrants brésiliens d'origine japonaise ainsi que d'autres nationalités pour les emplois non qualifiés, et l'expérience des pays industrialisés occidentaux donne à penser qu'il n'est pas souhaitable d'ouvrir grand les portes d'un pays à une immigration non qualifiée. Notre première priorité devrait être de renforcer le taux de participation à l'emploi des Japonais.

Il ne s'agit en aucun cas de suggérer que le Japon doit fermer ses portes à la communauté internationale et essayer de s'en sortir tout seul. Non, il a le devoir de consolider ses partenariats économiques et politiques avec tous les pays, et plus particulièrement ceux de l'Asie du Sud-Est. Il doit aussi prendre conscience des progrès qu'il a à faire dans le domaine des relations publiques, et former pour cela des ressources humaines qualifiées sur le plan international, afin de remédier à la situation actuelle qui voit trop peu de Japonais, par rapport aux pays qui ont une stature économique comparable, travailler dans les institutions internationales.

Qu'en est-il de l'impact du vieillissement démographique et du dépeuplement sur le plan de la politique intérieure ? La montée des tensions entre les générations au sujet de la répartition des ressources et des charges financières est un sujet de préoccupation. Les seniors représentaient en 2010 28,0 % du corps électoral, pourcentage qui devrait passer à 38,8 % en 2035 pour atteindre 45,8 % en 2060. L'importance grandissante de leur pouvoir politique conduira inéluctablement le gouvernement à rencontrer de plus en plus de difficultés pour faire adopter des mesures qui leur seront défavorables. Il aura plus que jamais tendance à remettre à plus tard les mesures de réduction des coûts, comme la diminution des prestations et l'augmentation de la participation aux frais médicaux. Dans une société où les ressources humaines disponibles ne cessent de diminuer, la tendance sera de faire porter de plus en plus le fardeau par les générations futures. La seule alternative est que les citoyens qui ont le droit de vote reconnaissent que le problème est d'une grande urgence et comprennent qu'ils ont le devoir de le résoudre.

La réforme du système électoral peut significativement contribuer à résoudre ce problème.(*7) Le système actuel, adopté en 1994, de petites circonscriptions électorales à un siège fait que les élections se focalisent trop souvent sur des problématiques locales. Il ne facilite pas l'élection de responsables politiques qui réfléchissent à l'intérêt à long terme de la nation dans son ensemble. Il faut envisager un retour au système de circonscriptions électorales à plusieurs sièges, et c'est aussi important si nous voulons être capables de transcender les inéluctables conflits qui naîtront entre les régions lorsque celles de la périphérie demanderont des mesures pour faire face au dépeuplement qui menace leurs économies et leurs communautés.

(*6) ^ Pour une bonne discussion de la relation entre la population et la puissance nationale, voir Jinkō genshō to sōgō kokuryoku - jinteki shigen rikkoku o mezashite (Déclin démographique et puissance nationale globale - vers une nation construite sur le capital humain) sous la direction de Kobayashi Yōtarō et Komine Takao.

(*7) ^ De plus, les décideurs politiques devraient envisager de baisser l'âge requis pour voter à dix-huit ans, au lieu de vingt actuellement et de rechercher la participation des jeunes dans l'élaboration de la politique des retraites et des autres domaines essentiels liés à la répartition des charges financières entre les générations.

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Shimazaki KenjiArticles de l'auteur

Professeur au Collège doctoral de recherche politique (GRIPS). Diplômé de l'Université de Tokyo, il entre en 1978 au ministère de la Santé (qui est aujourd'hui le ministère du Travail, de la santé et de la sécurité sociale) qu'il quitte en 2007. Il est enseigne aussi au Global COE Program des écoles supérieures de droit et de sciences politiques de l'Université de Tokyo.

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