Allons voir les festivals japonais !

Des hommes nus devant les dieux : trois grands festivals « hadaka-matsuri »

Tradition Tourisme

Haga Hinata [Profil]

Le festival nu (hadaka-matsuri) est une très vieille tradition qui considère que lorsque l’on supplie les divinités, il faut se présenter nu comme à la naissance, et sans aucune souillure. En voici trois célèbres et impressionnants, capturés par un photographe de renom.

Le festival Eyô du temple Saidai-ji

(Le troisième samedi de février, ville d’Okayama, préfecture d’Okayama)

La foule est tellement énorme que tous ne peuvent pas pénétrer à l’intérieur du pavillon.
La foule est tellement énorme que tous ne peuvent pas pénétrer à l’intérieur du pavillon.

Lors du festival Eyô, qui se tient au temple Saidai-ji, 10 000 hommes quasi-nus se bousculent pour s’emparer de deux shingi, qui sont des amulettes en forme de bâton mesurant 20 centimètres et imprégnés d’encens. Ils représentent le yin et le yang et se renforcent au fur et à mesure des prières effectuées dans le pavillon principal pendant cette saison. Avoir avec soi l’une de ces amulettes apporte la bonne fortune durant toute l’année.

L’origine de ce rituel remonte à 1510. On disait à l’époque que le fait d’entrer en possession d’une amulette appelée Go-ô qui avait été bénie lors des cérémonies du Nouvel An ramènerait moult richesses. Les gens se bousculaient ainsi pour les obtenir. Mais comme les amulettes étaient fragiles, on les a insérés dans des petits cylindres de bois pour éviter de les endommager durant la bataille.

Être nu permet de faciliter les mouvements, de réduire les risques de blessure, et également de simplifier les bains rituels.

Une image impressionnante, où les participants cherchent à s'emparer des amulettes sacrées.
Une image impressionnante, où les participants cherchent à s’emparer des amulettes sacrées.

Dans le pavillon du temple, le jour de l’Eyô, il est à peine possible de bouger, avec tous ces corps nus entassés... À 22 heures, les lumières s’éteignent et un premier lot d’une centaine d’amulettes go-ô insérées dans des branches de saule est lancée dans la foule. La bataille peut commencer. Ensuite, c’est au tour des deux shingi imbibées d’encens d’être aussi lancées dans l’obscurité absolue. Lorsque les lumières sont rallumées, personne ne sait où se trouvent les deux bâtonnets au sein de cette masse pressante. Chacun se laisse guider par la forte odeur de l’encens à la recherche du trésor dans cette marée humaine.

Les deux hommes qui ont réussi à s’emparer des shingi courent à l’extérieur annoncer leur victoire. La bousculade se calme, signalant la fin de la cérémonie. On attribue le titre de Fuku Otoko, ou « l’homme chanceux », aux deux heureux gagnants qui deviennent les héros de la communauté locale.

Après avoir acheté le pagne et les chaussettes blanches au temple, n’importe qui peut participer au festival. La seule condition est de ne jamais oublier qu’il s’agit d’un événement religieux, et qu’il est donc essentiel de se purifier le corps et l’esprit.

Les gagnants insèrent leur amulette dans un récipient de riz blanc. Après le festival, le bâtonnet sacré est vénéré par les deux gagnants en tant que représentants de la région.
Les gagnants insèrent leur amulette dans un récipient de riz blanc. Après le festival, le bâtonnet sacré est vénéré par les deux gagnants en tant que représentants de la région.

Suite > Le Hayama-gomori du sanctuaire de Kuronuma

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Haga HinataArticles de l'auteur

Photographe des festivals au Japon et dans le monde. Né en 1956, il dirige la Bibliothèque Haga, où sont archivés des photographies et autres matériaux liés aux festivals et aux arts populaires du spectacle. Membre de la Société des photographes professionnels du Japon, de l’Association japonaise des écrivains du voyage et de l’Association japonaise des arts populaires du spectacle.

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