Réfléchir à la guerre

Les grues en papier : un message de paix et d’espoir pour le monde entier

Société

Depuis quelque temps, les grues en papier japonaises volent bien au-delà des frontières de l’Archipel, et elles se répandent dans le monde entier. Comment ces pliages réalisés en suivant les techniques traditionnelles de l’origami ont-ils réussi à faire leur chemin un peu partout sur notre planète en tant que symbole de paix ? C’est ce que nous avons demandé à Sasaki Masahiro, le frère ainé d’une petite fille de Hiroshima appelée Sadako qui s’est mise à faire des grues dans l’espoir de guérir quand elle est tombée malade, dix ans après la destruction de sa ville natale par la bombe atomique.

Une grue en papier exposée à Pearl Harbor

Le Centre d’accueil et d’information des visiteurs de Pearl Harbor, à Hawaii, expose une minuscule grue en papier réalisée avant sa mort par la petite Sadako, qui lui a été offerte par Sasaki Masahiro. « Il ne s’agit pas simplement de donner. Un tel geste n’a aucun sens si son bénéficiaire n’en comprend pas la portée et la nécessité », explique celui-ci.

Aux États-Unis, quand on dit « Hiroshima, jamais plus ! », on est à peu près sûr de s’entendre répondre « N’oubliez pas Pearl Harbor ! ». Le Centre d’accueil et d’information des visiteurs de Pearl Harbor a été créé pour commémorer l’attaque qui a poussé les Américains à entrer en guerre avec le Japon et il s’est essentiellement focalisé sur les pertes de de l’US Navy. Mais en 2012, lorsqu’il a été question d’y organiser une exposition consacrée à la paix, quelqu’un a suggéré avec insistance d’y inclure une des grues en papier de Sasaki Sadako.

Cette personne n’est autre que Clifton Truman Daniel, le petit-fils de Harry S. Truman, le président des États-Unis qui a donné l’ordre de larguer une bombe atomique sur Hiroshima et Nagasaki, en août 1945.

En 2004, Sasaki Masahiro avait eu un premier entretien téléphonique avec lui, quand il s’était rendu aux USA à l’occasion de la restauration de la sculpture du Parc de la paix de Seattle représentant Sadako. « Je lui ai dit que, bien qu’étant moi-même une victime de la bombe atomique, je ne souhaitais pas évoquer les horreurs et les souffrances qu’elle nous avait infligées. Ce que je désirais, c’est qu’ayant pris tous les deux conscience des causes de ce désastre, nous entamions un dialogue sur la question fondamentale de l’élimination des facteurs qui l’ont provoqué. J’ai ajouté que je cherchais un interlocuteur ayant un point de vue complètement différent du mien », raconte le frère de Sadako. Clifton Truman Daniel a tout de suite compris l’objectif de Sasaki Masahiro. Il a précisé qu’il avait lu un livre sur Sadako et que les petits Américains entendaient parler d’elle à l’école. Et il a tout fait pour que la grue offerte par Sasaki Masahiro soit exposée à Pearl Harbor.

Des grues réalisées par Sasaki Sadako pendant sa maladie. Celle de couleur verte, au centre, n’a jamais été terminée. À l’époque, le papier coûtait cher, et la fillette utilisait tout ce qu’elle pouvait récupérer, emballages de médicaments et autres fragments de cahiers. Et pour les grues les plus minuscules, elle se servait d’une aiguille. (Photo : Doi Emiko)

Les deux hommes se sont rencontrés pour la première fois six ans plus tard, en septembre 2010 à New York. Clifton Truman Daniel a déclaré qu’il avait toujours voulu se rendre à Hiroshima mais qu’il avait longtemps hésité par crainte des réactions que pouvait susciter la nouvelle de la présence sur place du petit-fils de Harry Truman. Ce n’est qu’après avoir parlé avec Sasaki Masahiro qu’il s’est décidé à le faire.

Clifton Truman Daniel est allé pour la première fois au Japon en août 2012 en compagnie de sa femme et de ses trois enfants. Il a assisté aux cérémonies commémoratives de Hiroshima et de Nagasaki et il a écouté le témoignage de plus de quarante victimes de la bombe atomique. Lors d’une conférence de presse donnée à cette occasion, il a dit : « Je suis venu pour trouver un moyen de surmonter les rancœurs passées entre le Japon et les États-Unis et pour réfléchir à ce que nous pouvons faire pour l’avenir de nos enfants. »

Clifton Truman Daniel (au centre), Ari Beser, le petit-fils de Jacob Beser, spécialiste des contre-mesures radar de l’Enola Gay qui a largué la bombe atomique sur Hiroshima (à gauche), et Sasaki Masahiro (à droite). Le 4 août 2012, les trois hommes se sont recueillis ensemble au Parc mémorial de la paix de Hiroshima. (Photo : Aflo/AFP Photo/Kazuhiro Nogi)

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