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Nagai Takashi, un médecin au cœur du bombardement atomique de Nagasaki

Société

Le 9 août 1945, une bombe atomique était larguée sur Nagasaki. À l’hôpital de l’Université de Nagasaki, pourtant situé à 700 mètres de l’épicentre, de nombreuses personnes furent irradiées. Nagai Takashi, l’un des médecins, participa aux opérations de secours malgré une grave blessure à la tête. Converti au christianisme, Nagai Takashi a également laissé à la postérité d’importantes notes sur les dégâts causés par le bombardement atomique.

Une parution retardée par les autorités

La publication des Cloches de Nagasaki, un essai rédigé par Nagai en août 1946, n’a pas été chose facile. C’était le premier témoignage mondial sur l’irradiation rédigé d’un point de vue médical et, en tant que tel, le Commandement suprême des forces alliées (GHQ) exerçait dessus une censure implacable. Il faudra attendre plus de deux ans avant la publication de cet essai, pour laquelle le GHQ impose qu’il soit couplé avec La tragédie de Manille, un document rapportant les exactions commises par l’armée japonaise à Manille en février 1945.

Dans le même temps, en 1948, décidé à faire refleurir le quartier dévasté d’Urakami, Nagai offre un millier de plants de cerisiers à diverses institutions comme la cathédrale d’Urakami : ils seront surnommés les « mille cerisiers de Nagai ». En mars, les habitants du quartier lui construisent, à partir de planches récupérées dans les décombres, une minuscule maison où s’installer : le Nyokodô.

Sur un mur proche du Nyokodô, est inscrit « Les cloches de Nagasaki », ainsi qu’une partition de musique, en référence à une chanson portant le nom de l’œuvre de Nagai Takashi.

Les cloches de Nagasaki, publié en janvier 1949, devient un véritable best-seller, à une époque où le papier manque encore cruellement. En juillet de la même année, une chanson baptisée du même nom connaît un grand succès. Son interprète, Fujiyama Ichirô, viendra même au Nyokodô l’année suivante, avec son accordéon, la chanter pour Nagai. Cette chanson clôturera d’ailleurs la première édition de l’émission Kôhaku Uta Gassen de la NHK, qui deviendra ensuite un grand classique de la fin de l’année (à l’époque, elle était diffusée le 3 janvier et non le 31 décembre comme aujourd’hui).

En 1950, l’essai de Nagai est porté au grand écran par le réalisateur Ôba Hideo, sur un scénario de Shindô Kaneto. C’est le premier film sur le bombardement atomique, et là encore, la censure du GHQ s’applique : plutôt que de montrer les dommages causés par le bombardement, le film s’attachera aux efforts de reconstruction.

Des visiteurs du monde entier à son chevet

À la fin de sa vie, Nagai reçoit la visite de personnalités du monde entier. En octobre 1948, c’est l’Américaine Helen Keller qui se rend à son chevet pendant un voyage au Japon, elle qui parcourait le monde entier malgré sa cécité et sa surdité, et qui a énormément fait pour l’éducation et le bien-être des personnes handicapées. Ému, Nagai lui serre les mains, les larmes aux yeux. Il écrit dans Mes enfants bien-aimés : « Sa tendre affection a brusquement envahi mes membres, comme l’électricité traverse soudain un circuit électrique fermé. »

En mai 1949, il accueille à son chevet l’empereur Shôwa, en visite à Nagasaki. Trois jours plus tard, il doit recevoir la visite du cardinal Gilroy, émissaire du pape, mais Nagai insiste pour se déplacer lui-même : il se rend dans la salle où est reçu le cardinal et baise les reliques de saint François-Xavier apportées par l’émissaire. L’année suivante, c’est l’archevêque Maximilien de Furstenberg qui lui rend visite et lui offre un rosaire.

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